Thèse de Doctorat
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Avril 1997 : Thèse de Doctorat
" Des gravures de la vallée des Merveilles au ciel du mont Bego. 
Approche ethno-astronomique d’un temple luni-solaire du Néolithique. "

Faculté de Lettres et Sciences Humaines. Université de Nice Sophia Antipolis.

 

  • Résumé :

Dans les Alpes Maritimes, la région du mont Bego, située dans le Parc National du Mercantour, permet aux randonneurs - montagnards d’admirer des milliers de pétroglyphes dont l’origine remonte au Chalcolithique et à l’âge du Bronze ancien. (40 siècles B.P.).

Cette région est partagée en 5 secteurs. Nous avons choisi pour notre étude ethnoastronomique le site des Merveilles, car la vallée orientée du sud au nord, (permettant de repérer facilement les point cardinaux) abrite les roches gravées les plus remarquables de tout le site.

Presque tous les thèmes iconographiques qui s’y trouvent, sont  identiques à ceux des symboles célestes qui  proviennent des grandes civilisations antiques (Egypte, Grèce, Sumer, etc.).

Malgré le changement de position des constellations causé par la précession des équinoxes, en construisant pour le site des Merveilles une carte du ciel de l’époque, on peut comparer  sur le terrain la position de ces symboles avec la place qu’occupaient les différents corps célestes à l’âge du Bronze. Grâce aux nombreux pétroglyphes qui sont la mémoire du ciel de cette époque, on retrouve alors les coordonnées géographiques et astronomiques utilisées encore de nos jours et connues déjà par ces astronomes archaïques.

La stèle du « Chef de tribu »
Elle évoque un « mémorial », marquant la fin de l’ère du Taureau au cours de laquelle le temps annuel dans cette région, semble avoir été partagé en huit périodes. La première aurait débuté à l’équinoxe d’automne.


Relevé réalisé par les archéologues du Lazaret

Cette séquence de temps avait  pour  limite d’une part le solstice d’été marquant le début du temps sacré, signalé sur la stèle par le soleil levant ce jour là, éclairant le « Chef de tribu » à 90° d’azimut / nord (position normale au niveau de la mer de l’azimut solaire lors des levers équinoxiaux).
D’autre part, la fin de ce temps sacré, marqué sur la stèle par le soleil levant de l’équinoxe d’automne est pointé par le poignard situé le plus au sud de la stèle. Ce temps sacré du Bego, semble avoir été partagé par le soleil du 46eme matin après le solstice d’été (6 août actuellement). La hauteur de ce soleil pointé par le poignard central de la stèle du « Chef de tribu », indique la latitude géographique du lieu.

« La roche du 6 août »
Cette date (mi-temps entre le solstice d'été et l'équinoxe d'automne) et ses coordonnées célestes sont confortées par une dalle située un peu au-dessus, et reproduisant (mesures et orientation) la figure cosmographique de l’événement. L’ensemble est orienté de façon à faire correspondre l’espace géographique et  l’espace céleste.

La « roche de l’Autel »
Celle-ci est surmontée en son centre par un bloc erratique abritant un gias (petite grotte). Ce bloc, en alignement avec la polaire, la stèle du « chef de Tribu », « la Rouelle » et la cime des Lacs indique parfaitement sur le site le méridien du lieu. En effet, une ouverture, qui semble aménagée à cet effet, permet de viser le point de culmination des luminaires et des planètes. Une autre ouverture permet de « piéger » à l’intérieur de la grotte le soleil et la pleine lune des équinoxes d’automne au moment de leur lever sur le site. Cette ouverture, véritable lunette d’observation permet également de suivre le mouvement des constellations zodiacales lors  des trois mois d’occupation du site. Les gravures de poignards (dont la surface de gravure a un azimut correspondant de façon significative à l’angle d’ouverture de cette lunette), permettent de penser qu’elles ont servi non seulement à définir la date équinoxiale d’automne car elle pointent le soleil levant de ce jour précis, Cet ensemble de poignards dirigé vers le sud est, semble un plan d’aménagement pour « construire » cette « lunette d’observation » abritée des intempéries et dirigée vers la seule partie du ciel permettant la visibilité de la bande zodiacale où circulent les astres visibles la nuit au cours de cette période d’occupation du site des Merveilles.

La « Rouelle »
Placée sous la culmination de la lune solsticiale, elle est une véritable carte du ciel. Le vouloir de construction, des prêtres astronomes du Bronze Ancien est démontré par l’alignement avec le méridien. Les rayons lunaires lors de cette culmination solsticiale pénètrent dans le gias du bloc erratique de la « roche de l’Autel ». Cette roche de la « Rouelle » comme beaucoup d’autres, reproduit de façon très claire et selon une organisation bien structurée les constellations visibles à cette époque lors de la plus courte nuit de l’année. C’était le 8 juillet 1719 av. J.-C. . (année historique).

Cet ensemble d’observations, permet d’envisager un temple religieux d’étude du ciel, structuré en fonction de la course des luminaires et des corps célestes. Une étude approfondie et pluridisciplinaire du site semble donner la possibilité d’une avancée de nos connaissances historiques et de sa datation précise par la cosmographie.

La culture est spatio-temporelle. Cette vallée, jusqu’aux environs de 1700 av. J.-C. a été fréquentée par des astronomes archaïques, prêtres-astronomes sans doute, dont le savoir reflète  la culture mégalithique contemporaine du Néolithique.