L'homme Préhistorique et l'Astronomie
" On peut dire que dès que le ciel a eu des
témoins, il a eu des admirateurs. Si l’on accordait le titre d’inventeurs
à ceux des hommes qui les premiers ont été frappés de ce spectacle, ils
auraient tous le même droit, et l’Astronomie serait aussi ancienne que l’homme
lui-même. Le véritable inventeur de la science, est celui qui, en découvrant
la première vérité, a posé la base de nos connaissances
astronomiques. "
J.S. BAILLY.
La grotte, avec sa profonde obscurité, a
peut-être été le premier centre d'observation du ciel.
Les repères naturels offerts par les limites de son
ouverture, constituent en quelque sorte une lunette géante braquant son
objectif vers les reliefs lointains et la lumière du jour , ou vers un morceau
de ciel étoilé la nuit.
Le changement de grotte était occasionné par un changement de saison, la
recherche du gibier, ou les besoins d'une cueillette nouvelle. Se jouait alors
au-dessus des admirateurs du ciel, un spectacle nouveau. Le retour sur un même
site si la saison était la même, permettant d'observer encore et encore le
spectacle déjà vu, amenait sans doute l'homme à se poser des questions quant
à la mouvance des cieux.

Crédit Photo : Pascal
Goetgheluck.
La Course Annuelle des
couchers solaires à LASCAUX.
(latitude nord 45°)
Une grotte orientée vers une extrémité de la course solaire (estivale ou
hivernale), par le phénomène d'aller et retour annuel de l'astre, ne pouvait
que faire prendre conscience à l'occupant du lieu, du mouvement d'aller et
retour du roi du ciel absent toute l'année de son champ de vision.

Positions des couchers solaires solsticiaux et équinoxiaux par rapport à la
grotte.
Sur l'horizon du lieu, les repères solsticiaux des levers et couchers
solaires sont des seuils que le soleil ne dépasse jamais. Une fois ces repères
atteints, le soleil repart en arrière sur l’horizon.
Le plan et la coupe de l'entrée de la grotte de Lascaux révèlent qu'avant
l'éboulement ayant obstrué l'accès vers la rotonde, lors de son coucher au
solstice d'été, le soleil illuminait la salle des taureaux et le diverticule
axial.
C'est lors du solstice d'été 1999, qu'en compagnie de Jean-Michel Geneste,
le conservateur de Lascaux, et de mon mari Jacques Wolkiewiez, que j'ai pu
confirmer sur le terrain, la réalité de mon hypothèse : "La visualisation de la lumière solaire sur la porte d'entrée de la
grotte pendant 50 minutes environ lors du coucher solaire au moment du solstice
d'été, confirme cet éclairement complet de la rotonde pendant cette période
solsticiale au temps de la création de l'œuvre. Éclairement permettant même
un travail en pleine lumière, presque durant une heure pendant quelques jours
par an au début de l'été. Mais aussi lumière de la pleine lune le matin lors
du solstice d'hiver".

Coupe de l’entrée de la grotte tracée par Cl. Bassier, (fig 22, 24, 27)
" Lascaux inconnu. " Arlette Leroi-Gourhan et Jacques Allain.
Direction du faisceau lumineux du soleil au moment du coucher solaire du
solstice d'été.
Sacralisation de la Salle des Taureaux
Chaque soir solsticial d'été, une heure avant celle prévue
pour son coucher, l'astre du jour venant de gauche, en face de la grotte approche
de l'entrée.
Atteignant le lieu le plus haut du firmament de l’hémisphère
boréal, il est comme de tous temps en cette place que les Sumériens nommaient "le
point ardent des cieux".
A 21 h 00 il arrive contre la porte de la grotte. En cet
ultime instant précédant sa chute, comme depuis des millénaires, le luminaire
glorifie l'ouverture vers les profondeurs de la terre.
"Gloire à toi,
Ré, suprême puissance, qui illumine les corps, qui est à l’Horizon.
Toi qui entres dans ta Grotte."
Texte des sarcophages égyptiens du moyen Empire. spell 642
(M2 ny)
A 21 heures 50 l’ombre redescend sur le linteau : 50
minutes d’éclairement intense ne pouvaient pas passer inaperçues pour les
hommes qui n’avaient que la lueur lointaine du jour à l’intérieur de cette
grotte !
Ici à Lascaux, le roi du ciel, avec précision harmonise
chaque année le temps de la terre et des hommes. Au moment de son coucher, le
luminaire flamboyant, colore de feu le seuil de la grotte.
Depuis combien de siècles en ce lieu, l’homme conscient de
l’importance de l’instant n’avait pas assisté au spectacle du Dieu
triomphant ?
Se peut-il qu'avant nous, personne depuis les Paléolithiques, n'ait
attendu devant l'entrée de la Terre-Mère l’arrivée de l’ordonnateur du
monde pour prendre la mesure de son pas ?
Pourtant, à partir de son lieu d’exil hivernal l’entrée de ce sanctuaire
somptueusement orné depuis 17000 ans environ, a toujours été le but final de
son effort de remontée continu et intense !

Crédit Photo : Jacques Wolkiewiez
Le soleil solsticial (1999) en face des escaliers conduisant
à l'entrée actuelle, éclaire la porte de la grotte de Lascaux
A travers les ères, le soleil se couchant le jour du
solstice d’été entre 302° et 304° d’azimut de relèvement, se trouve
chaque année face à l’entrée, dans l’axe du diverticule axial et
de la salle des taureaux : cet événement a donc toujours été prévisible.
C'est pourquoi, le seuil de la grotte pouvait indiquer à l’observateur Magdalénien attentif
la fin de l’escalade solaire dans le ciel de l’été (au nord) et son
changement de direction vers le ciel de l’hiver (au sud).
Ce réceptacle terrestre, élu par le Paléolithique qui lui
a confié sa créativité, sa sensibilité et sa virtuosité, s’ouvrait à la
lumière de l’astre-roi. Rouge flamboyant,
il faisait disparaître l’ombre au sein de la terre-mère. Son éclat sublimé
redonnait vie dans la salle des taureaux à la farandole animale née d’un
esprit aussi lumineux que lui, pendant que ceux du diverticule axial
bondissaient.
Offert aux Magdaléniens initiés, c’était le jeu
perpétuel de la lumière du soleil avec l’ombre de la terre ; c’était
aussi le rite annuel renouvelable et prévisible par ceux qui avaient cette
connaissance, l’autorité et la puissance. Toutes réalités astronomiques
spectaculaires, qui déjà au Néolithique, étaient à l’origine des mythes
fondateurs et de renaissance.
Les animaux de ce sanctuaire étaient-ils les dieux
paléolithiques accompagnant la course solaire au sein de la terre-mère ?
Étaient-ils ici présents pour assurer la renaissance future du roi du ciel ?

Crédit Photo : Jacques Wolkiewiez
Coucher du soleil solsticial d'été devant
les
escaliers de l'entrée de la grotte
Discussion :
"Lascaux, vision du
ciel des Magdaléniens ?"
Il est logique de penser que ce sanctuaire a été choisi pour cet
ensoleillement direct à l'intérieur de la grotte, lors d'un moment de l'année
qui, au cours des âges, s'est avéré de première importance pour le calcul du
temps.
Cet alignement solaire solsticial avec l’axe principal du sanctuaire n’est
en fait pas surprenant. Une plaquette en bois de renne, découverte dans un
abri-sous-roche en Dordogne et étudiée par Alexander Marshack, a mis en
évidence que déjà à l’époque aurignacienne, les phases lunaires
étalonnaient le temps.
Par ce fait on se trouve en possession de divers éléments ouvrant la voie
vers l'hypothèse d'un lien entre le ciel et la grotte :
- La pénétration de la lumière du ciel dans les profondeurs de la terre.
- Le moment du coucher solaire.
- La période annuelle du solstice d'été.
- Enfin, l'œuvre d'art exceptionnelle reconnue sans conteste comme mémoire
de la vie religieuse et intérieure des Paléolithiques.
De plus, on ne peut récuser le fait même s'il est subjectif, que la
structure architecturale de la salle des taureaux par la qualité enveloppante
des parois ornées qui limitent son espace procure une sensation "d'englobement",
"d'entourement", sensation identique à celle que l'on perçoit
quand, debout la nuit sur une hauteur, on regarde le ciel se mouvoir.
Cette hypothèse nous a entraînée à confronter l'orientation et la
structure des figures pariétales de Lascaux, à la structure et à
l'orientation des coordonnées et des corps célestes de l'époque.
Ce sont tous ces repères mesurables, la position des signes et leurs couleurs,
qui nous ont permis de dégager une structure identique à celle du ciel
magdalénien lors des solstices et des équinoxes.
Finalement, notre recherche nous a conduite à la constatation d'une similitude
de formes entre les peintures pariétales de la salle des taureaux et le tracé
des constellations zodiacales, telles qu'elles se présentaient lors de la
création de l'œuvre au moment de la pénétration de la lumière dans le
sanctuaire.

Crédit Photo : Pascal
Goetgheluck.
Salle des taureaux
Cette œuvre s'est petit à petit, révélée à nos
yeux comme si un observateur placé au centre de la rotonde, avait projeté sur
les parois de la grotte, le spectacle mouvant de ce groupement d'étoiles,
ceinturant le ciel du soir solsticial paléolithique et parcouru de tous temps
par le soleil lors de sa course annuelle apparente.
Les représentations animales de Lascaux sont différentes
de celles léguées par les grecs de l'époque classique et que nous utilisons
encore sur nos cartes du ciel.
Nous pensons qu'elles sont des reconnaissances de formes, spécifiques à cette
époque, regroupant les ensembles prégnants d'étoiles les plus brillantes de
cette partie du ciel traversée annuellement et de tous temps par le soleil.
Là, sur les parois de Lascaux, se trouve non
seulement l'imaginaire magdalénien concernant les schèmes stellaires perçus
sur la voûte céleste, mais aussi la position réelle des constellations, lors
d'un temps précis du Paléolithique
Une telle œuvre, a certainement demandé des centaines d'années
d'observation minutieuses et de prises de points de repères.
Nous nous sommes aperçue que les repères classiques des étoiles les plus
brillantes du ciel qui en même temps, sont placées sur l'écliptique, ont
été remarqués
(points rouges peints avant le reste de l'œuvre).
Les animaux et les signes peints en rouge dessinent sur la paroi de
gauche la trace de la course solaire à travers les constellations zodiacales
Les animaux de la Salle des Taureaux sont alignés avec les constellations.
Les plus anciennes traces écrites de l'astronomie parlent de ces étoiles et de
leur repérage par la position qu'elles ont les unes par rapport aux autres.
Repérages d'alignements et de perspectives toujours réalisés au moyen de
droites horizontales ou verticales.
Il semblerait que cette méthode ainsi que l'histoire de l'astronomie, remonte
beaucoup plus loin qu'on ne le pense actuellement.

Crédit Photo : Pascal
Goetgheluck.
Le Grand Taureau (n°18)
Mais cette comparaison entre la structure céleste de l'époque
magdalénienne et celle de l'ensemble des peintures de la salle des taureaux (ainsi
que des autres parties de la grotte) s'est heurtée à un problème que nous
avons dû résoudre:
L'observateur du firmament, placé sur le tertre au-dessus de la grotte de
Lascaux, à l'époque magdalénienne n'avait pas sous les yeux le même
spectacle céleste qu'un observateur de ce début du 21ème siècle.
Ce changement de la vue perspective est dû au déplacement du ciel étoilé,
causé par la précession des équinoxes.
En effet le mouvement de rotation de la terre au cours des ères, entraîne un
mouvement de rotation des pôles autour du centre fixe de l'écliptique (course
du soleil) qui fait se balancer l'équateur céleste sur une distance de
47° d'arc environ.
Il s'en suit, sur 25.800 ans, un long glissement du point vernal (croisement
du soleil au printemps avec l'équateur céleste) le long de l'écliptique,
qui reste fixe au cours des temps.
Une difficulté technique est attachée à cette problématique : le
décompte du temps et le calcul des positions des corps célestes n'est prévu
que pour la période julienne dont le jour origine ne remonte pas plus loin que
le 1er janvier 4713 avant J.-C.
Recherche en cours (Année 2001).
Travaux soutenus financièrement par la
Société Distri Ajaccio (GIFI) - Villeneuve/Lot.
La culture est un phénomène spatio-temporel.
Seule la confrontation de Lascaux à d’autres oeuvres pariétales de
provenance comparable pourra nous faire parvenir à un certain degré de
certitude.
Une étude statistique d’un échantillonnage suffisamment important
permettra de savoir si notre étude de la grotte de Lascaux fait partie d’un
tout qui acquerra alors une historicité.
Si le ciel a été le modèle des artistes, étant donné que c'est le moment
de l'ensoleillement de la grotte qui est représenté sur les parois de Lascaux,
il est indispensable de déterminer pour chaque grotte ornée, si un
ensoleillement est possible. Si oui, il faut en préciser le jour de l'année et
l'heure
Lors de cette année 2001, nous avons étudié sur plan les grottes situées
en Dordogne. Sur le terrain, nous avons mesuré l'orientation de l'entrée des
grottes ornées suivantes et avons vérifié le moment de leur ensoleillement.
Grottes ensoleillées lors du solstice d'été
Grotte de la Muzardie

Crédit Photo : Jacques Wolkiewiez.
Coucher du soleil |
|
|
Grotte de
Lascaux

Crédit Photo : Pascal
Goetgheluck.
Impact du soleil sur le "Bison mourant" |
|
|
Grotte de la Forêt
Crédit Photo : Jacques Wolkiewiez.
Coucher du soleil. |
Grotte de Bernifal

Crédit Photo : Jacques Wolkiewiez.
Coucher du soleil |
|
|
| Grotte de
Commarque |
 |
 |
Crédit Photos : Jacques
Wolkiewiez.
Coucher du soleil |
Note : La grotte de Commarque (située sous le
Château de Commarque), nous a permis de vérifier, que
l'éclairement solsticial d'été d'un site considéré comme sacré fait partie
des éléments "universaux". En effet, juste au-dessus de la
grotte, a été construite la chapelle Saint Jean. Au moment de
l'éclairement de la grotte lors du coucher solsticial d'été, la lumière
pénètre par une des fenêtres de la chapelle. Passant à l'emplacement de
l'autel, elle arrive dans une niche ayant sans doute renfermé des objets sacrés. Cet
éclairement est signalé par le nom même de la chapelle qui donne date à la
lumière.
Les constructeurs de moyen- âge ont donc pris pour modèle
l'éclairement de la grotte des Paléolithiques.

Crédit Photo : Jacques
Wolkiewiez.
Superposition de la Grotte de Commarque
et du château
Recherche en cours ( 1999-2007).
Orientation chronologique des grottes et des abris ornés paléolithiques
français.

Bien que notre étude statistique des grottes et abris ornés ne soit pas encore
complète, notre échantillonnage est actuellement suffisamment important pour
nous permettre de constater que l'ensoleillement de la grotte de Lascaux lors du
coucher solaire du solstice d'été n'est pas dû au hasard. Cet ensoleillement
solsticial fait partie des critères du choix de la grotte par les
Paléolithiques.
Jean Michel Geneste qui nous a permis de constater sur le terrain notre
hypothèse dès le mois de juin 1999, relate page 49, cet événement solaire dans
son livre "Lascaux une œuvre de mémoire":
"Le choix du site de Lascaux n'est pas plus le fait du hasard que le choix
de la caverne. Le critère de son orientation, notamment, à dû jouer son rôle. La
grotte s'ouvre quasiment au nord-ouest; son entrée est potentiellement éclairée
le soir au couchant et, précisément, au solstice d'été. Si l'entrée, comme on
peut le supposer, était normalement dégagée à l'époque préhistorique sur cinq ou
six mètres en largeur et deux mètres en hauteur, les rayons du couchant étaient
dans l'axe direct de l'entrée. La lumière du soir, qui est alors rouge au
solstice d'été, pouvait éclairer et colorer la Salle des Taureaux au bas de la
pente inclinée qui y conduisait."
Cette étude de l’orientation de presque toutes les grottes ornées du
territoire français nous permet de répondre ici à quelques questions posées au
début de cette recherche..
- La totalité des grottes ornées ouvertes vers les directions remarquables
confirme que l’ensoleillement lors de ces temps sacrés était une condition de
l’ornementation des grottes ou des abris qui alors devenaient des
sanctuaires.
- La fréquence des abris tournés vers le sud (26% vers le sud et 42% vers le
sud-est, 10% vers le sud-ouest, indique la recherche du confort de lumière et de
chaleur en hiver, de la fraîcheur en été. De plus, la position de
l’ornementation toujours éclairée lors des levers, culmination, et couchers
selon les sites, indique le rôle principal des rayons solaires entre l'automne
et le printemps (azimuts 90°- 180°-270°) pour ces abris ornés sur une période de
21000 ans (-32000 pour Oreille d’Enfer à – 11000 pour La Madeleine)
-Tous ces abris occupés par des sanctuaires, permettent d'envisager
l’existence de pratiques rituelles intimes devant ces parois que nous avons
découvertes sacralisées par les rayons lumineux du soleil à des moments précis :
levers et couchers équinoxiaux et du solstice d’hiver. Cet art solaire fut
vraisemblablement pratiqué par les Paléolithiques dans l'intimité de leurs foyer
de –35000 à –10000 (Murat) et sans doute après la dernière œuvre créée.
- Les ornementations les plus anciennes sont celles de l’abri Blanchard
(270°), (-35000), Castanet (270°) et la Souquette 123°, tous dans le Vallon des
Roches à Sergeac. Notre étude de l'os de renne de l'abri Blanchard tourné vers
l'Ouest, nous permet de conclure à la connaissance de cette direction
équinoxiale dès cette époque.
- L’importance et les millénaires d’occupation des habitats ornés dans la
direction de 124° (42%), indiquent la solidité de la tradition d’un temps et
d’un espace sacrés lors de la remontée du soleil au moment du solstice d’hiver.
- Le fait que les plus anciens sanctuaires soient des abris orientés vers le
lever du soleil de l’hiver, nous renseigne sur l’ambiance et le déroulement du
premier rite solaire, celui qui au fond de la « ténèbre» des jours les plus
courts, fête au cœur de l’intimité familiale grâce à la flamme du foyer, le
changement de direction de l’astre du jour arrivé au seuil de sa course sur
l'horizon sud-est. C’est en retournant vers l'est, qu’au fur et à mesure de son
pas quotidien il va reprendre de l’énergie. Le plus ancien abri valorisant cet
instant est celui de la Souquette (-35000) à Sergeac ; la plus ancienne œuvre en
place est celle de l’abri du Poisson (-28000) à Gorge d’enfer. L’étude
chronologique des ornementations offre donc une idée de l’antériorité du culte
solaire mais également des changements culturels qui ont eu lieu au cours de ces
millénaires.
- Le coucher solaire de l’été (304°) est encore sacralisé de nos jours.
Marqué lui aussi dans le temps par des rites en relation avec le feu, lié à des
mythes du cycle annuel aux résonances cosmogoniques, il correspond aux rites
païens des feux, repris par les catholiques pour la Saint Jean.. Cette
orientation nouvelle, qui apparaît vers 20000 BP puis nettement et régulièrement
à partir de Lascaux, (environ 18600 BP), confirme de façon tangible la «
révolution culturelle» pressentie par les archéologues suite à l’évolution des
œuvres de ce site. Un autre temps, un autre espace sont sacralisés. On se trouve
en face non seulement d’une « révolution culturelle» mais aussi sans doute d’une
«révolution cultuelle. Ce n'est qu'à partir du Solutréen,
qu'ont été ornées les grottes ouvertes vers le coucher de l'été.
- La direction coucher de l’été (304°) avec celle du lever de
l’hiver.(124°) définit un axe qui comprend 49% du total des grottes et abris
ornés. Cet axe valorise donc ces deux moments de l’année. Aujourd’hui encore
ces moments mettent en scène des rites qui semblent l’écho des cultes païens
ancestraux.
- Les grottes orientées vers le couchant de l'hiver sont moins nombreuses
pour l'instant. Mais quelles somptuosité ! Cosquer, Cussac, Chauvet. On note
leur ancienneté puisque la plupart sont aurignaciennes ou gravettiennes. Quand
on pense à la magnificence de ces oeuvres, on ne s'étonne plus du fait que dès
la période aurignacienne les hommes aient été capables d'observations précises
et aussi d' utiliser de façon "archaïco-scientifique" le passage de la lumière
pour sacraliser et souvent mettre en valeur leurs sanctuaires.
- Nous avons enfin avec ces orientations la certitude que les Paléolithiques
connaissaient les moments des changements de saisons, et qu’un culte solaire
rythmant la vie sociale et religieuse a existé tout le long du Paléolithique
Supérieur lors des moments annuels qui sont signalés par les changements de
direction du pas solaire.
|