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L'apparition et la disparition de la lumière et de l'énergie des corps célestes,
sont des phénomènes observables, naturels, se reproduisant de façon
cyclique, précédés ou accompagnés de milliers de faits concrets et
sensibles, constantes. Il sont donc prévisibles.
La cosmographie archaïque issue de millénaires d'observations, a permis
d'employer cette dynamique de lumière et de chaleur, non seulement pour les
périodes de chasse, le développement de l'agriculture, mais aussi pour
l'organisation de notre vie sociale et religieuse. Des ères d'observations
du ciel, de sa lumière, sont à la base de la plupart de nos techniques
modernes.
Il appartient aux hommes de ce nouveau millénaire, de découvrir la
connaissance primordiale des anciens. Mais, pour pénétrer le plus loin
possible dans la façon de penser et de voir des créateurs, il est nécessaire
d’éliminer de notre culture cette "pollution
scientifico-religieuse" propre au scientifique français du XX e siècle.
Dans son entendement moderne, le sens péjoratif attaché aux connaissances
transmises par l'intermédiaire des symboles, voile à ses yeux la lumière
et l’esprit des corps célestes qui en sont la source.
Questions que se pose l'Ethnoastronome
Les premières questions à se poser devant une œuvre préhistorique
sont les suivantes :
- La position, l'orientation de l'œuvre étudiée, sont-elles le fruit du
hasard, ou bien y a-t-il un "vouloir de construction", un
vouloir de correspondance entre l'œuvre, le site alentour et les phénomènes
lumineux ?
- Le soleil, la lune, ou les étoiles sont-ils les acteurs de cette mise
en scène organisée par l'homme préhistorique ? En quelle saison et à
quel moment de la journée ?
- Ce groupe culturel a-t-il observé, calculé, mesuré, réfléchi, ou
essayé de prévoir le temps qui passe ? L'œuvre garde-t-elle la trace de
ses connaissances ?
- Si ce groupe culturel a mis en scène dans un œuvre l’apparition et
la disparition des différents corps célestes, a-t-il vécu ces événements
comme extraordinaires ou magiques causés par des divinités ? Ou bien
s'en servait-il seulement pour le calcul du temps ?
- La société étudiée a-t-elle intégré les mouvements du cosmos pour
choisir et définir ses lieux de culte ?
- A-t-elle essayé de prévoir ces événements pour les utiliser et les
intégrer à sa culture ?
- Ces phénomènes célestes ont-ils été utilisés pour s'orienter dans
l'espace, pour mesurer l'environnement, pour déterminer les temps
sociaux, religieux ou agricole ?
- Ces phénomènes ont-ils servi à élaborer leur mythologie, leur
cosmologie, leur cosmogonie ? Sont-ils représentés par des symboles ?
- Cette œuvre a-t-elle été placée là, pour être perçue et contemplée
esthétiquement ou bien a-t-elle quelque utilité?
- Cette œuvre est-elle un outil, véhicule-t-elle une idée, un concept ?
etc.
Résumé chrononologique de la
méthode Ethonoastronomique pour étudier les oeuvres préhistoriques
Chaque site permet de voir une partie du ciel, mais pas toutes. C'est
pourquoi, quelques notions de cosmographie sont nécessaires.
Une évidence générale : Le même jour le lever solaire sur la mer, ou au
fond d'une vallée ne se fait pas à la même heure. Le soleil, se lèvera
à une heure différente, avec un azimut et une hauteur différents.
Un exemple : La Vallée des Merveilles dans le région du Mont Bego dégringole
du Nord au Sud. En grimpant vers la baisse de Valmasque, les différents
points de vue permettent d'observer les constellations zodiacales de l' été.
Ce sont celles traversées par le soleil en hiver. C'est à Fontanalba,
autre région de Bégo, que
l'on peut observer facilement en hiver la partie du zodiaque qui est traversée
par le soleil en été, car de cette région on peut observer la partie nord
du ciel.
Par ailleurs, aussi bien à Valaurette, que sur la plus grande partie du
vallon des Merveilles, on ne peut voir l'étoile polaire qui est cachée par
le sommet des montagnes. Elle n'apparaît qu'à la hauteur de 2290 mètres là
où se trouve la stèle du "Chef de tribu".
Enfin, si on se trouve relativement bas dans la vallée, de ce
versant sud on ne pourra pas voir en hiver les constellations traversées par le
soleil en été. Ce qui en fait est de peu d'importance pour un observateur
du ciel, puisque la Vallée des Merveilles n'est pas accessible en hiver.
C'est pourquoi, comme dans toute recherche, avant d'aller sur le terrain
l'ethnoastronome devra réaliser une étude d'ordre général. Il devra étudier
soigneusement la carte du lieu. Les renseignements recueillis seront interprétés
avec la notion des différences de visibilité du ciel selon la latitude du
lieu, l'orientation, l'altitude et le relief alentour.
Voyons maintenant l'ordre chronologique de cette étude qui peut être celle
du professionnel, mais aussi celle de tout voyageur qui veut partir vers la
découverte nouvelle d'un site connu.
- VISION GLOBALE DU SUJET :
Recherche bibliographique permettant d’avoir une idée de l’avancement
des travaux réalisés par les archéologues, concernant le sujet d’étude.
- Une étude générale de la région, de sa géographie, de la géologie.
- Etude historique ou préhistorique de la période concernée.
- Observation et description iconographiques.
Il faut tout d’abord identifier les formes naturelles de l’œuvre,
puis leurs relations entre elles. Ce travail souvent a déjà été réalisé
par les archéologues. Leurs plans, leurs commentaires sont
indispensables.
Dans la Vallée des Merveilles, le "Chef de Tribu" la seule stèle
qui soit dressée par les graveurs, se trouve placée dans l'ombre au fond
du vallon. Il faut rechercher pourquoi certaines formes, comme les
encoches du bord de la stèle dans ce cas, ont été faites. (que les archéologues
certifient faites par les graveurs),. Les formes taillées sont souvent un
vouloir de similitude entre l'œuvre et le relief alentour. Formes
permettant l'éclairement de la stèle par le soleil au moment de sa
sortie du relief alentour (Voir Fig.).
Prise en compte de la datation relative
Chaque œuvre possède des qualités de la nature et de la culture
spatio-temporelle où elle a pris naissance. La connaissance de l’ espace
et du temps concernés est donc indispensable. (On ne peut analyser et
interpréter un ouvrage architectural situé en chine, et construit en 1520
comme un monument Renaissance). De plus, pour faire une datation exacte, la
recherche est moins longue lorsqu'on se situe dans une échelle de temps.
Les coordonnées avant l'arrivée sur le site
Coordonnées géographiques (latitude terrestre, longitude
terrestre, altitude).
Calcul des heures de levers et couchers du soleil et de la lune ainsi
que leur azimuts et leurs hauteurs. Hauteurs et heures des moments de
culmination (Toutes ces données peuvent être obtenus sans calcul par
3615 BDL à partir du moment où la latitude terrestre et la longitude
terrestre sont connues). A défaut, on peut donner le nom de la ville
la plus proche.
- Sur le terrain : Astrométrie
- Repérage sur le relief du site environnant des points cardinaux.
- Repérage sur le terrain des azimuts des levers et couchers du soleil
qui sont des jalons pour le calcul des saisons. Pour les mouvements du
soleil levant sur les Merveilles.
- L’impact des rayons de soleil ou de lune, à certains moments du
jour ou de l’année peut déterminer le moment clef d’observation et
donner un point de départ pour la recherche .
- L’orientation de l’entrée d'une grotte, la direction et le
pendage d'un pétroglyphe, sont de première importance. C’est de là
que vient la lumière, c’est dans cette direction que peuvent être
observées les étoiles la nuit. C’est par là enfin, que le soleil
peut être vu à certains moments précis et importants du jour ou de
l’année.
Ces données d’astronomie de position recueillies sur le terrain
confirment ou infirment la présupposition ethnoastronomique. Si elles
correspondent proportionnellement aux mesures de l’œuvre, elles témoignent
d’intentions précises, et permettent de supposer que l’artiste n'a pas
fait ce choix au hasard.
- LE TERRAIN DE L’ETHNOASTRONOME:
L'œuvre elle-même et le relief
alentour, les coupes
stratigraphiques permettant de découvrir le sol de l’époque. La vue
d’ensemble, la comparaison du relief de l' œuvre, de sa forme, avec
les formes du relief de l'horizon et la direction des rayons lumineux arrivant sur l'œuvre
à cette époque, doivent être prises en compte. Par exemple, le plan
et la coupe de la grotte de Lascaux permettent d'envisager l'éclairement
de la grotte au moment du coucher du soleil du solstice d'été. (Voir
photos )
Le ciel du présent qui permet d'avoir des repères immuables,
comme la course du soleil les jours des équinoxes. Ou bien avec des
différences insignifiantes comme sa course le jour des solstices.
Le ciel du passé ensuite, que l'ethnoastronome doit reconstruire tel
qu'il était à l'époque de la mise en scène de l'objet étudié en
tenant compte de la précession des équinoxes.
- L'iconométrie ou mesures de l'oeuvre
.
Consiste à mesurer les cordonnées horizontales (azimuts de relèvement
et hauteurs des parties intéressantes de l’œuvre soit sur le terrain,
soit en tenant compte sur le plan de l’orientation réelle du terrain.
Dans l'art paléolithique, les points remarquables de l'œuvre, tels
l'affrontement d’animaux, l'emplacement des yeux, la pointe des cornes,
les pieds, doivent être mesurés. Mais non pas en distances métriques.
Elles doivent être prises d'un point central, toujours le même. Ce sont
des mesures angulaires qui sont prises à partir du nord ou point 0.
Il est intéressant d’avoir pour un travail de terrain précis une bonne
boussole. Certaines ont une précision de 0°30, ce qui est largement
suffisant. Si on se trouve en face d’une œuvre pariétale en plein air,
il est important de noter non seulement l’azimut des gravures ou
peintures, mais aussi le pendage de la roche.
- Recherche des phénomènes célestes.
Comme de nos jours, l'homme préhistorique ne pouvait être que frappé,
admiratif, inquiet sans doute lors de ces phénomènes célestes. Il n'est
donc pas étonnant, que ces forces extérieures aient été divinisées.
Au temps préhistoriques, lorsque l’homme n’était pas sédentaire,
tout lieu sur la terre où se remarquait un phénomène céleste, pouvait
devenir un lieu de culte.
Par exemple, sur la Roche de l'Autel dans la Vallée des Merveilles, observons le soleil le premier matin de
l'équinoxe d'automne. Au moment du lever
sur le site, le soleil pénètre dans le "gias", petite grotte
sous la roche (au même endroit que la lune lors de la nuit précédente,
la seule de l'année).
Bien sûr, on pourrait se demander : "L'homme de l'âge du Bronze
s'est-il aperçu de ce phénomène ? " Si c'est le cas, il a
obligatoirement laissé des indices explicatifs. A nous de faire un effort
de compréhension.
Le soleil à son lever sur le site (8 h 19 T.U.) a un azimut de 125°. Il
est dans l'alignement des poignards gravés sur la roche de l'ensemble D. L'angle formé par l'azimut de ces poignards au nombre de 95 sur 115
au total, correspond à celui de l'ouverture permettant la pénétration
des rayons lumineux. A 10 heures 55, le soleil n'éclaire plus le gias. Le
soleil est alors à 171° d'azimut. C'est celui du dernier poignard dont
la pointe est dirigée vers le ciel .
La concordance entre le temps de pénétration de la lumière à l'intérieur
du "gias", qui implique un azimut solaire entre 125° et 171°,
et l'orientation d'un nombre significatif de poignards (95 sur 115) permet
de confirmer que les graveurs ont eu l'intention de pointer le soleil à
son lever , le jour de l'équinoxe d'automne, pendant son temps d'éclairement
à l'intérieur de la petite grotte. Ils ont mis en scène le caractère
sacré de ce temps et de ce lieu. Ne connaissant pas l'écriture, ils ont
peut-être voulu expliquer à leurs descendants, ce qui se passe chaque
année à l'intérieur du gias?
Les autres poignards (une vingtaine) sont dirigés vers le pic des
Merveilles où arrivera le soleil ce soir là.
- PRISES DE VUES . OMBRE et LUMIERE:
Ce qui a de tous temps frappé l'esprit humain, qui l'a émerveillé
et inquiété aussi peut-être, n'est autre que l'apparition et la
disparition de la lumière.
C'est ce que "chasse" l'ethnoastronome. Il a la chance de
pratiquer une science dont les événements - sur lesquels il ne peut pas
agir - sont parfaitement prévisibles et reproductibles de façon
cyclique. Aucune tricherie possible, puisque l'Astronomie est une science
d'observation. Par ailleurs, il pourra toujours prouver la véracité de
ses dires par le calcul vérifié par les autres astronomes, mais aussi
par la photo qui exprime visuellement l'événement. Il a donc intérêt
à prendre cette lumière en otage. Il doit prévoir par le calcul le lieu
et le moment qui doivent être inscrits sur la photo. Enfin, devront être
données également les positions en hauteur et en azimut de l'astre
source au moment où la lumière a été captée.
Toutes les hypothèses et encore moins les conclusions ne sont pas faites
sur le terrain. C'est la réflexion qui permet de comprendre la complexité
du mouvement. Ces photos, seront en même temps la mémoire du chercheur,
qui au fur et à mesure de son étude de terrain comprend et reconstruit
la structure céleste du passé. C'est en fait la même méthode
qu'utilisait l'homme de la préhistoire. La sienne plus durable sans
doute, mais souvent obligatoirement symbolique. Tout comme les croquis que
l'on peut faire rapidement sur le terrain !
La lumière captée, sa direction, son impact, apportent la preuve que ce
phénomène céleste qui date la gravure de cette roche était visible en
ce lieu . En effet, à toutes les données réunies de ce phénomène
visuel, correspondent un seul moment de l'année, ou du millénaire peut-être…
- L’ ETUDE ICONO-ETHNOLOGIQUE
C’est une analyse qui concerne l’histoire des images étudiées et
les mythes s’y rapportant. Si d’autres observations analogues
(concepts et thèmes véhiculés par le calendrier, la littérature,
l’art, la tradition orale, les mythes) en amont ou en aval de ce temps
peuvent y être rapportées, alors l’observation des formes de l’œuvre
faite auparavant, prend le caractère d’une étude de cas. L’ensemble
des maillons de la chaîne acquiert un sens.
- Essai d'Interprétation ou
Signification
Toutes ces données recueillies comparées, superposées aux
mesures de l’œuvre, servent de témoins et d’étalons de l’espace et
du temps aussi bien en ce qui concerne la vie sociale que la vie religieuse
de l’époque.
L’interprétation des formes et de leur organisation dans
l’espace (en utilisant les travaux des différentes disciplines réunies
pour cette étude), la
recherche des moyens, des techniques utilisées pour positionner et orienter
sa réalisation, permettent de découvrir si ces souvenirs témoins d’une
volonté d'organisation, mettent en scène en ce lieu, la lumière des corps
célestes et l’ordonnance du mouvement des astres-acteurs de cette époque.
C’est alors que les moyens et les connaissances de l’époque concernant
la mesure du temps et de l’espace, de l’impact de cette science archaïque
sur la religion et la culture peuvent fréquemment être évalués.
Ce n’est qu’en se détachant du présent, que l’Ethnoastronome pourra
saisir la réalité. Il insuffle une vie dynamique à ces vestiges inertes.
Il remet en marche le temps qui sur le site s’était pétrifié. L’objet
commence alors à s’exprimer par le " scanning inconscient "
qui embrasse à la fois la figure et le fond. Cette expression synthétise
aussi bien les connaissances de l’ethnoastronome que celles des chercheurs
rencontrés lors du travail bibliographique et archéologique; " l’œil
interne " fixe une multitude de possibilités pour sortir du chaos
offert à la vision consciente, l’ordre créateur élaboré par
l’artiste. La focalisation consciente, les réactions rigides défensives
de notre culture moderne ne doivent plus pendant un moment s’obstiner à
juger à partir de leurs propres règles.
L' œuvre émerge du temps, s’actualise en exprimant des idées, des
concepts, séparés des processus présents et des significations de notre
époque.
Puisque la culture est un phénomène spatio-temporel, on pourra comparer les
résultats obtenus, avec d'autres sites, essayer de voir si des similitudes
existent.
L' œuvre s' inscrit-elle dans un cadre de références ? Il semble
donc nécessaire de sélectionner les matériaux et les éléments découverts
lors de la recherche ethnoastronomique. Les " données captées "
confirmant l’hypothèse sont-elles valables pour d’autres œuvres? On
pourra examiner si ces éléments découverts ont été prédéterminés par
une théorie, par une conception générale de l’époque. Existe-t-il un
système qui donne un sens aussi bien aux étapes précédentes qu’aux étapes
suivantes ? Seule la confrontation de l’œuvre à d’autres
œuvres de provenance comparable pourra nous faire parvenir à un certain
degré de certitude.
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